Jeremie NOËL

Photos et récits de voyages

Whitepark House

Irlande du Nord : week-end à la Chaussée des Géants

Un week-end à la Chaussée des Géants, entre formations géologiques et paysages exceptionnels de l'Irlande du Nord...

« Chérie, on va passer le week-end à Belfast ! »… on a vu plus glamour. On pense plutôt aux guerres de religion, à l’IRA, à un endroit gris et sinistre. Je ne pourrais pas dire car bien qu’y ayant atterri, je n’y ai pas mis les pieds. Ce qu’on ne sait pas trop, c’est qu’à plus ou moins une heure de route, au Nord, dans le Comté d’Antrim, près de la petite ville de Bushmills, on peut trouver l’Irlande telle qu’on la fantasme. Terre de géants et de légendes celtes, on découvre la côte sauvage de la mer d’Irlande battue par les vents et les flots. L’herbe est rouge et le vent lui a donné une forme étonnante, la roche est sombre et sculptée par l’érosion mais le clou du spectacle est bien la Chaussée des Géants, cet invraisemblable site géologique, fait d’un agrégat de tubes basaltiques hexagonaux dont la formation n’est que partiellement expliquée par la science. On ne se refait pas, j’ai plutôt retenu l’explication mythologique dans laquelle un géant irlandais, Finn McCool, aurait construit cette route sur la mer entre l’Ecosse et l’Irlande pour permettre à son homologue écossais de venir se mesurer à lui. Dans cette histoire, on retrouve l’esprit irlandais, querelleur et matois, fier mais n’hésitant pas à recourir à la ruse pour triompher, ou au moins survivre. La Chaussée des Géants - Irlande du Nord Les gens sont heureux que nous venions en Irlande du Nord. Le terrorisme a occulté les merveilles naturelles que peut offrir le pays (au moins aussi belles que celles de l’Eire et moins fréquentées). Devant les risques actuels que recommencent certains troubles, notre hôte Bob soupire « It’s nonsense… but I can understand, I have been young myself ! ». Il est pourtant difficile de l’imaginer révolté ce Bob qui tient la Whitepark House, un charmant bed & breakfast où le kitsch tient lieu de folklore et rappelle douloureusement ce que les britanniques ont le front de nommer bon goût. Il est à ce jour le seul homme à avoir remporté le prestigieux prix annuel de la « Landlady of the year ». « I know, it’s pretty embarrassing », plaisante-t-il en nous servant un délicieux petit déjeuner. A discuter avec les autochtones, on se rend compte qu’ils ont ce sens de l’ironie pince sans-rire britannique, comme ce distillateur de whisky nous annonçant : « In Northern Ireland, there are only two seasons, winter and June ». Mais il y pointe un soupçon d’épuisement, comme si des années de combats, des Scots envahissant la Bretagne arthurienne jusqu’à la guerre civile en passant par la grande famine (« ever since, we can never have too much potatoes » rigole encore Bob), avaient marqué ce peuple de façon indélébile. Dunseverick Castle - Irlande du Nord L’hiver, comme on est très au Nord, le soleil ne monte jamais très haut dans le ciel et éclaire la campagne d’une lumière dorée et rasante magnifique. On longe les falaises, on écoute le vent, on explore trois pans de murs délabrés surplombant la mer d’Irlande démontée. Bien que la désignation « Dunseverick Castle » indiquée sur les panneaux touristiques semble légèrement pompeuse on imagine sans peine la forteresse celte qu’ils soutenaient. La mythologie n’est jamais loin et les noms d’Arthur, de Merlin, de Guenièvre, de Gauvain, de Graal et d’Avalon résonnent dans le fracas des flots et du vent. Seuls au monde face à la splendide force des éléments, scrutant l’horizon comme Elsa attend éperdue son Hollandais Volant, on vit cette Irlande du Nord perpétuellement crépusculaire comme une mélopée wagnérienne. Photos Irlande du Nord


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