Jeremie NOËL

Photos et récits de voyages

Comment survivre aux mines d’argent de Potosi

Mi-aventurier, mi-couard, je me hasarde à partir explorer les mines d'argent de Potosi, en Bolivie, en compagnie du Roi Scorpion et de consternantes équipières

May 20, 2013
Le Cerro Rico à Potosi - Bolivie

On oublie trop souvent que les 7 nains, avant de consacrer leur risible existence à entretenir l’albinos frigide, étaient de vaillants mineurs. Et pour cela, ils méritent notre respect le plus absolu. Ce d’autant qu’ils sifflaient en allant miner…

Tel était l’état de nos passionantes réflexions en ressortant, sains et saufs, des mines de Potosí, où, putain, on a encore bien cru qu’on allait tous y rester.

Expédition dans les mines d’argent de Potosi

En effet, après nous être levés de bon matin pour aller affronter avec un courage très relatif le dédale tortueux et toxique (silice, souffre,…) des galeries percées depuis 5 siècles dans le Cerro Rico (ce qui le fait ressembler à une gigantesque termitière), nous faisons connaissance avec notre groupe et le guide, Pedro, qui préfère qu’on l’appelle Roi Scorpion (on le comprend).

Décharge mines de Potosi

La décharge que l’on nous fait signer avant de nous aventurer dans les mines d’argent de Potosi… Ca donne confiance.

Il nous annonce, avec des trémolos dans la voix, que nous sommes le meilleur groupe, que les autres groupes vont vouloir nous tuer à coup de dynamite mais que, comme nous sommes les plus forts (“¡ los mejores gringuitos de mi vida !”), c’est nous qui allons les occire à coup d’explosif. Galvanisés par cette causerie exaltante, nous jettons un oeil aux membres de notre groupe de choc. Hum… en termes de mercenaires d’élite, il faudra repasser. Je cite en vrac : deux Irlandaises, tâches de rousseur et dents de lapin (que nous appellerons Bugs et Bunny pour la suite du récit), une australienne affligée du syndrome de la bouteille d’Orangina (Orangina), et une anglaise rousse et à moitié chauve (Pudding).

D’un coup, on est moins confiant…

Pas de panique cependant, on va mettre à profit les attributs de chacun afin de surprendre les autres groupes :
- Nous cacherons les batons de dynamite entre les énormes fesses d’Orangina.
- Bugs et Bunny rongeront la roche pour permettre à notre char d’assaut de passer par les boyaux les plus étroits.
- Enfin, Pudding fermera la marche afin que nous puissions l’abandonner en pâture aux prédateurs en cas de coup dur (à l’instar des vieillards dans les tribus de primates).

La stratégie ainsi établie, il s’agit désormais de s’équiper : casque, lampe frontale, pantalon, veste et bottes en caoutchouc… La panoplie du parfait petit éboueur, sans oublier les batons de dynamite, la nitroglycérine et le masque de nuit Air France, prouvé très efficace pour filtrer silicates et monoxyde de carbone. J’aime autant vous dire qu’on a fière allure (sans vous parler de la dégaine de nos consternantes équipières).

On prend une gorgée de la boisson favorite des mineurs : de l’alcool de canne à sucre “potable” à 96 degrés (origine probable de l’expression “se coller une mine”). Après ça, on se sent beaucoup moins anxieux (presque téméraires) pour affronter “El Tío”, dieu/diable des mineurs, espèce de monstre doté d’une impressionnante érection, idolâtré au fond d’une galerie.

El Tio à Potosi

El Tio, dieu des mineurs bien caché au fond d’une galerie des mines d’argent de Potosi

On est donc partis pour 2h à ramper dans des tunnels creusés au fil des ans à la dynamite et dont les poutres de soutien n’inspirent qu’une confiance très relative. N’oublions pas qu’il fait 35 degrés, que nous sommes à 4100 mètres d’altitude et que l’air est suffocant, ce qui rend la progression dans la mine très pénible. On mâche de la feuille de coca en quantité industrielle pour tenir le coup. On s’enfonce à 150 mètres à l’intérieur de la mine puis on descend au niveau inférieur, 60 mètres plus bas. Tout cela pliés en deux, voire rampant dans le soufre (pas recommandé à nos amis claustros). Tout au fond, nous rencontrons un mineur, couvert de sueur, de boue et de substances toxiques qui s’apprête à s’ouvrir une brèche à la dynamite. Nous le couvrons de présents somptuaires (soda, feuilles de coca, dynamite) afin qu’il nous épargne. A notre grand soulagement, il y consent et nous pouvons rebrousser chemin jusqu’à l’air libre. Ouf, on a survécu… pourtant, on a encore bien cru qu’on allait tous y rester.

Le temps pour les guides de nous faire une petite démonstration d’explosion de dynamite (ça ressemble à un gros bâton de wasabi) boostée à la nitroglycérine et on rentre à l’hôtel El Turista (qui porte si bien son nom).

Les conditions de travail inhumaines des mineurs

Pour être sérieux une seconde, les conditions de travail  des mineurs (dont l’espérance de vie ne dépasse pas 45 ans) sont atroces et ne se sont presque pas améliorées depuis le XVIè siècle… A l’époque, Potosi était l’une des villes les plus riches du monde grâce à l’extraction d’argent qui alimentait les caisses de l’Etat espagnol. Aujourd’hui, après plus de 4 siècles d’exploitation, la montagne n’a plus grand chose à offrir aux mineurs mais reste une des seules sources de revenus et d’emploi possible pour la population locale. On se demande aussi comment cette montagne fait pour tenir encore debout avec les plus de 600 galeries qui y sont percées chaque jour. Les risques d’effondrement sont de plus en plus grands (certains scientifiques avancent même que le Cerro Rico aurait du s’effondrer sur lui-même il y a plusieurs dizaines d’années). Comme disait Coluche, “plus y’a de gruyère, plus y’a de trous et puis plus y’a de trous, bah, moins y’a de gruyère”.


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Comments to “Comment survivre aux mines d’argent de Potosi”


  1. Reply

    [...] grève. Ils ont même un jour férié pour les chômeurs. Ah, et si vous aviez l’intention de visiter les mines d’argent de Potosi, sachez que les scientifiques considèrent qu’elles auraient du s’écrouler en [...]


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